Archives par mot-clé : Bourg

La Franc-Maçonnerie à Bourg-en-Bresse au 18e siècle Des Elus et Des Vrais Amis

couverture BOURG

Le début d’une collection

Durant trente-cinq années à rechercher, à fréquenter les archives, les bibliothèques, à dénicher le document qui apporte une précision, aussi minime soit-elle, Christian Buiron a recueilli une masse considérable d’archives inconnues ; son projet de publier l’histoire de la Franc-Maçonnerie dans l’Ain est parvenu à la phase de l’édition. « La Franc-Maçonnerie à Bourg-en-Bresse Des Elus et Des Vrais Amis » est le premier livre d’une collection qui couvrira les XVIIIe et XIXe siècles.

Un devoir de vérité

 Après un examen sans concession des rares ouvrages et des quelques articles sur la Franc-Maçonnerie à Bourg-en-Bresse au XVIIIe siècle, l’auteur s’est attaché à faire preuve d’un esprit critique et d’une exigence morale indispensables au regard des affirmateurs sans preuve et des « recopieurs ». Cette histoire est écrite à partir des documents répertoriés et archives personnelles réunies depuis près de 40 ans.

Ce qui est fâcheux n’a pas été occulté, au risque d’écorner les belles images bâties sur des fondations bien peu solides : le rôle très idéalisé de Lalande dans la Franc-Maçonnerie locale, la réalité des loges, leur composition, les querelles, la triste fin de la loge Des Elus.

Rien n’a été caché, même quand tout ne se passe pas en fraternité. Les Francs-Maçons sont des hommes, rien que des hommes. Ainsi faut-il décrypter cette histoire des deux loges burgiennes du XVIIIe siècle, qui est beaucoup plus riche qu’une simple lecture, aussi critique soit-elle, pourrait le laisser penser.

La Franc-Maçonnerie à Bourg-en-Bresse au XVIIIe siècle

Les premiers Francs-Maçons se réunissent (peut-être dès 1759) au sein de la Loge de Saint-Jean Des Élus en 1768. La Loge vit paisiblement lorsqu’en juillet 1774, un groupe de Frères quitte la Loge, laissant les autres dans un abattement qui laissait présager l’extinction de la Loge. Ce grave problème interne fut surmonté, peut-être avec l’intervention de Lalande, même si quatre ans plus tard dans une correspondance de 1778, il est fait état d’une Loge nouvellement établie à Bourg en Bresse par le Directoire Écossais de Lyon.

La Loge de Saint-Jean Des Élus se développe jusque dans les années 1780 mais en 1783 de nouveaux problèmes surgissent. Une Loge de Saint-Jean Édouard est évoquée: c’est une nouvelle Loge qui allume ses feux sous le titre distinctif de Saint-Jean Des Vrais Amis. Très rapidement les Frères de la première Loge se proposent de fraterniser avec ceux de la Loge nouvellement établie. Les deux Loges burgiennes vont se développer jusqu’à la Révolution. Saint-Jean Des Élus compte une soixantaine de membres en 1783 grâce à un recrutement peu exigeant; de nombreux artisans et négociants font leur entrée en Loge. Saint-Jean Des Vrais Amis se développe aussi rapidement au point de doubler son effectif en trois ans, en respectant sa composition initiale de professions socialement élevées. Il y a une centaine de Francs-Maçons dans les Loges burgiennes à la veille de la Révolution. Habitués aux échanges en toute liberté dans les Loges, les Frères, quelles que soient leurs origines, professions ou fortune, avaient progressé ensemble et c’est naturellement qu’en conscience, ils prirent leur place dans la vie de la cité, et en particulier durant la période révolutionnaire. Le besoin de liberté, d’égalité et de justice correspondait aux valeurs prônées en Loge, et on retrouve de nombreux Francs-Maçons dans les différentes instances de la cité. Beaucoup de Frères sont acteurs de la Révolution jusqu’à la Terreur, avant d’en être les victimes. Certains ont eu des rôles de premier plan, comme Charles Marie Nicolas Reydellet, Pierre Antoine Buget, le prêtre Claude Marie Groscassand-Dorimond, et Jacques Benoît Chambre; d’autres y laissèrent leur tête, comme Jean-Marie Legrand et Jean-François Vuy. D’autres restent distants, comme le baron Cardon de Sandrans ou Jérôme Lalande. Le Frère Groscassand-Dorimond, prêtre à Treffort, a fait preuve d’une présence impressionnante dans la gestion des affaires du département et dans celles du clergé. Les idéaux maçonniques priment sur les comportements de classe; les Frères, quelles que soient leurs origines, sont très attachés aux idées de progrès de la société. Les Frères religieux de Bourg, Belley, Châtillon et Treffort s’impliquent dans ce mouvement révolutionnaire. Il faut attendre fin 1810 pour que des Francs-Maçons de Bourg-en-Bresse tentent de reprendre leurs travaux interrompus depuis 1789, mais à peine les démarches entreprises auprès du Grand Orient de France, « l’affaire Broutet » éclate.

Les Frères sont peu nombreux et la Révolution a laissé des traces. Depuis plus de vingt ans, il n’y a pas eu de Tenues maçonniques. Les frères ont perdu l’habitude de travailler ensemble, ils ont oublié les « fondamentaux» de la Franc-Maçonnerie. Le Grand Orient de France n’eut d’autre choix que de laisser la Franc-Maçonnerie s’éteindre à Bourg-en-Bresse en 181l.

Mais « l’acacia refleurira» quelques années plus tard.

Le progrès

Toute parution d’une monographie de loge basée sur des recherches solides est un précieux témoignage pour faire progresser la recherche historique. Christian Buiron présente ici une étude sérieuse basée sur vingt ans de collecte d’archives. Il place l’histoire de Bourg-en-Bresse dans le contexte social, religieux et politique de son époque. L’auteur rappelle la place de chacun des maçons dans l’histoire de cette ville au XVIIIe siècle et rapproche systématiquement les étapes successives de la vie des deux loges Saint-Jean Des Elus et Des Vrais Amis. Cette recherche permet de faire des découvertes inattendues, notamment à partir de 1784 où il existe une loge travaillant au Rite Ecossais Rectifié. A la veille de la Révolution, il y a une centaine de francs-maçons, pour la plupart des notables, dans les loges burgiennes. Beaucoup furent acteurs de la Révolution jusqu’à la Terreur avant d’en être les victimes. Une longue période va s’écouler, de 1789 à 1810, avant que les Francs-Maçons de Bourg-en-Bresse essaient de reprendre leurs travaux. Depuis plus de vingt ans, il n’y a pas eu d’activités maçonniques. Les francs-maçons ont oublié les « fondements » de l’Ordre, ne parvenant plus à travailler ensemble. La Franc-Maçonnerie finit par s’éteindre localement en 1811. Un peu plus tard, une nouvelle page d’histoire va s’écrire. C’est ce que le lecteur découvrira dans une deuxième étude en préparation. De nombreuses annexes d documents d’archives complètent le présent volume enrichi d’un précieux index.

Note de lecture de Irène Mainguy, La Lettre de l’IDERM, Institut d’Etudes et de recherches Maçonniques du GODF, N° 2014-5, mai 2014 & La Chaîne d’Union,  N°70,  octobre 2014.

« La Franc-Maçonnerie à Bourg-en-Bresse au 18e siècle Des Elus et Des Vrais Amis », M&G Editions, 2014, (ISBN 9782354110550)

Contact:

contact.aderm@orange.fr